Accueil Numéros Numéro 6 05/2018 Le sport, le corps et le cerveau : cognition et préparation mentale

Le sport, le corps et le cerveau : cognition et préparation mentale

Loïc Waguet
Première publication le 03/05/2018 – Entretien mené par Théophile Bagur


Le sport est traditionnellement associé à la performance physique et depuis plusieurs années, le côté psychologique est mis en avant, avec l’idée que la préparation mentale permet de tenir la distance, gérer le stress, exceller dans son sport, etc. En quoi les neurosciences apportent-elles des éléments nouveaux à ces réflexions préexistantes en psychologie ?

La Grèce Antique nous a laissé pour héritage la visibilité d’une démarche où l’être était à même de prendre position sur la beauté du corps et de l’âme, toutes deux appréciées de manière indissociables. Nourrir l’âme c’est accéder à la beauté du corps. Favoriser la beauté du corps, c’est permettre l’éclosion de l’âme. En grec, un homme accompli est désigné par le terme kalogakathos qui signifie « beau et bon », c’est-à-dire que beauté physique et beauté morale vont de pair.

Comme de nombreux récits nous l’indiquent, et il ne faut pas surtout pas l’omettre quant à notre sujet, la Grèce Antique fût témoin et impliquée dans de nombreuses épopées guerrières. Ce qui induit qu’un homme « fort et bon » pouvait incarner un homme « fort et stratège ». Ainsi, les compétences physiques et mentales requises pour mener à bien le conflit guerrier pouvaient être particulièrement appréciées si ce n’est désirées. Etre fort physiquement, dégager un sentiment de puissance voire d’invincibilité recoupaient en intégralité une certaine éthique de vie. De ce fait, ceux étant reconnus comme de grands combattants et de grands stratèges étaient logiquement valorisés. Le mythe durable d’Heraclès, qui affronte ses 12 travaux avec force, bravoure et bonté en est la parfaite incarnation métaphorique.

L’on peut penser que c’est dans l’idée de porter et de cristalliser une réelle conceptualisation symbolique de la« Performance humaine » que les Jeux Olympiques furent créés.

On ne sait pas exactement quand ils apparurent réellement, les premières appellations apparaissent vers 776 av. J.-C. On ne connaît pas non plus précisément la ou les raisons de leurs créations. Cependant, et en lien avec ce que nous avons évoqué précédemment, les documents du musée olympique nous apprennent notamment que les Jeux ont été instaurés « afin de donner une unité au monde Grecque, alors fragmenté en cité-états, constamment en guerre »1.

Le fait est que ce sont ces Jeux Olympiques de l’antiquité qui ont véritablement mis en scène les premiers « athlètes » à proprement parler. Si nous nous basons sur ce que nous présente le musée des JO d’ailleurs, voici rapidement ce qui est évoqué :

On peut facilement reconnaître un athlète à sa nudité. En effet, pour l’entraînement et les compétitions, les athlètes sont toujours nus car ils doivent refléter l’idéal d’un équilibre harmonieux entre le corps et l’esprit. Selon cet idéal, celui qui entraîne son corps peut développer aussi son esprit. (p. 6)

En ce sens, l’idée fût de rendre visible le plus possible cette renommée de la performance physique. Un regard porté sur des « prouesses » qui permit de galvaniser la collectivité et de l’axer sur une optique de réelle nécessité d’une performance du corps car elle respectait la volonté d’une réelle performance de vie. L’apologie du « Champion » est née. Bref, ce lien entre esprit et corps est donc un archétype qui n’est pas nouveau.

Etre reconnu champion ou son « propre champion », voici encore l’objectif incontournable aux yeux de nombreux sportifs. Et en toute logique, en fonction des antécédents cités, cela passera automatiquement par un processus de préparation physique adapté à l’appréhension du champ technique et stratégique de l’activité sportive en question. Cependant, depuis quelques temps déjà nous savons que cette démarche peut s’avérer insuffisante pour atteindre le ou les objectifs de performance en question. Comment expliquer que l’athlète le mieux préparé physiquement ne soit peut-être pas le vainqueur, le Jour J ? Comment justifier que celles et ceux qui sont reconnus comme les plus forts physiquement ne soient pas à même de remporter tous les titres et trophées ? Dans ce cas, le plus fort physiquement est-il véritablement le meilleur dans son activité ? Que veut dire être le meilleur, que signifie être performant ? Au fil du temps, voici quelques interrogations sur lesquelles le champ du sport a du se pencher.

N’avons-nous pas laisser de côté un point fondamental quant à ce que pouvait impliquer le concept de la performance physique ? Quoi qu’il en soit, elles ne peuvent que laisser songeur quant au fait que la performance sportive se résumerait uniquement à la simple question du tonus musculaire.

De plus, d’autres pratiques comme le golf, le tennis, le tir à l’arc, la course automobile ou encore le ski pour ne citer qu’eux ont mis en exergue d’autres compétences quant à l’accès à la réussite. Ces différents sports ont positionné et cultivé certaines notions qui vont aller au delà de la simple gestuelle et de la capacité technique. Nous parlons bien ici du concept d’habiletés mentales qui favoriserait donc la performance dite optimale. Comme nous l’avons observé au début de notre analyse, cela fait des lustres (Grèce Antique) que la pratique sportive est combinée avec une symbolique d’intelligence. Donc alors, depuis combien de temps ces habiletés sont-elles expérimentées et dans quelles circonstances ? Allez savoir, quoi qu’il en soit ce sont bien ces activités sportives qui leurs ont donné leurs lettres de noblesse, et cela aux yeux de tous. D’autres angles de vues quant à la concrétisation de la « Performance » sont apparues, et, comme toujours, lorsque le schéma connu devient inadapté, la remise en question arrive avec son dédale de question. En voici quelques-unes qui devinrent plus visible afin de devenir aujourd’hui des évidences : comment se percevoir au mieux et capter au mieux son environnement ? Comment gagner en motivation ? Comment accentuer la confiance en soi ? Comment se concentrer au mieux ? Comment gérer au mieux ses efforts et comment gérer au mieux ses émotions ?

Ce nouveau format suppose d’aller au delà de la maîtrise corporelle. Elargir le territoire perceptif, sensorielle, dépasser ou déplacer les frontières en évacuant au préalable celles que l’on s’impose. D’où le fait que la large réflexion déclinable lorsqu’il s’agit de la psychologie du sportif soit une dimension plus que prise en compte aujourd’hui et par un nombre d’intéressés plus que grandissant. Si nous désirons réellement envisager l’intégralité du champ des possibles lorsqu’il s’agit de performances sportives voire de performances « humaine », ne paraît-il pas incontournable d’avoir une attention particulière quant à la posture psychologique du sportif ?  Cela paraît indiscutable, mais dans les faits nous l’étudions et nous l’accompagnons depuis peu. Et surtout, précisons-le, peu de protagonistes peuvent réellement en profiter.

Les premières apparitions d’une démarche opérationnelle en tant que telle apparurent dans les années 70. Timothy Gallway, pédagogue de Harvard et spécialiste du tennis, a pris possession du sujet en publiant « The Inner Game of Tennis » qui traduction faite aborde cette notion de « Jeu intérieur ». Dans cet ouvrage, l’auteur propose une approche radicalement différente de l’accompagnement  traditionnel du sportif. Il compose une théorie sur le rôle de l’esprit et du mental dans l’apprentissage du tennis. Ses observations le centrent sur quelles pourraient être les freins qui viendraient parasiter ce mental et sanctionner les performances que nous pourrions accomplir par rapport à notre véritable potentiel ? Il démontre que la plupart des limites que nous nous posons viennent avant tout d’un dialogue intérieur qui provoquerait des interférences avec notre posture naturel. Il aborde :

– La peur (de perdre, de ne pas progresser, du regard des autres, …)

– Le manque de confiance en soi

– L’auto-condamnation et le jugement envers nous-même

– Une mauvaise concentration et un esprit ailleurs

–  Le perfectionnisme

– Une manque de Conscience de soi

– La émotions négatives : frustration, colère, ennui

– Un trop haut niveau d’exigence

Ses recherches et analyses se concluent sur le fait que notre corps possède la capacité naturelle de « produire les gestes adaptées ». En résumé, nous avons tous intrinsèquement cette capacité de fluidité, de relâchement, de lâcher-prise qui favorise l’accès à la « Zone » au « Flow » que le sportif affectionne tout particulièrement.

Donc, Gallwey induit que si les potentialités naturelles ne sont pas perturbées, un processus d’accomplissement global se mettrait en route. D’autres passerelles se créent, d’autres opportunités s’exposent…  Un nouvel horizon se propose….

Depuis, les démarches et méthodes qui étudient et mettent en relief les capacités cognitives  stimulées et développées dans une activité sportive se multiplient. L’inspira nous nous sommes  autorisés à élargir le  en intégrant des pratiques comme les échecs ou le poker dans la considération de la pratique sportive.

Ainsi, concrètement « l’effort sportif » si l’on peut dire n’est plus uniquement envisagé globalement de manière physique, il peut également être perçu dans l’aspect purement mental.

De nombreux courants sont apparus quant à l’accompagnement et la mise en oeuvre des habiletés mentales, appréhendées alors comme de vrais clefs quant à l’accès à la performance. La préparation mentale est certainement une des approches les plus en vue aujourd’hui. Nous y reviendrons.

Mais alors, pour reprendre votre question après cette longue contextualisation, en quoi les neurosciences apportent-elles des éléments nouveaux à ces réflexions préexistantes en psychologie et, pour commencer, qu’entend-on par Neurosciences?

Les Neurosciences positionnent plusieurs approches qui ont pour finalité d’analyser et de mettre en perspective le système nerveux. Au départ, deux axes cohabitèrent, la neurophysiologie et la neuro-anatomie pour laisser place aujourd’hui à une approche plus trans-disciplinaire. Celle qui envisage la notion de « plasticité cérébrale ». C’est l’axe interdisciplinaire par excellence car il recoupe tout autant la dimension moléculaire, cellulaire que cognitive. Dans la préface au manuel intitulé Neurosciences (publié chez De Boeck) Marc Jeannerod décrit la problématique centrale de ce champ scientifique :

Comment et sous quelle forme l’information est-elle encodée, interprétée
(perception), stockée (mémoire), utilisée pour anticiper les
conséquences de l’action, pour guider le comportement,
pour communiquer ? (Purves, Augustine, Fitzpatrick, Hall, LaMantia & White, 2015 (5ème éd.), Neurosciences, De Boeck Supérieur : p. XVII)

Aujourd’hui, nous pouvons étudier et tenter de comprendre les fonctions cérébrales complexes qui caractérisent l’être humain. Prenons l’exemple de la modification des circuits neuraux sous l’effet de l’expérience. Le concept veut que la grande diversité des personnalités, des talents, des comportements, des potentiels est le produit des influences génétiques et expérimentales sur le développement des circuits neuraux. Cela implique que les mécanismes dépendant de l’expérience peuvent moduler les modes de connectivité qui influencent les comportements dits complexes.

Prenons le postulat du psychologue D. O. Hebb qui implique que les terminaisons synaptiques que renforce une activité corrélée persisteront ou émettront de nouvelles ramifications. Alors que celles qui sont perpétuellement affaiblies par une activité non corrélée finiront par perdre leur emprise sur la cellule post-synaptique.

La réflexion sur laquelle Hebb se base, suggère que la combinaison de modifications des connexions neurales en fonction de l’activité en question.

« Chaque individu se développe de façon à relever les défis de l’adaptation à un environnement dynamique. L’exposition et les interactions avec notre environnement initie une activité électrique qui conditionne la construction de notre système nerveux. »

La notion évoquée ici est l’influence qui reprend ce concept de « Psycho-évolution »si cher aux yeux de Darwin.

« Les Neurosciences ne correspondent-elles pas quelque-part à la biologie de l’ « âme » (biologie des fonctions supérieures) qui se résument à la prise de conscience que notre intelligence et nos émotions découlent de forces physiques et chimiques. »

Bien plus qu’une assise théorique ou même une rigueur scientifique engagée via les outils et moyens disponibles, les neurosciences nous permettent d’aller encore plus loin dans l’analyse du conditionnement d’une expérience « idéale » qui serait alors corrélée biologiquement. Arguments scientifiques qui corroboreraient ainsi toutes démarches d’apprentissage systémique.

Qu’est-ce que la Préparation mentale ?

Comme toutes démarches d’accompagnement, il existe plusieurs approches quant à la Préparation Mentale. En général, on la découvre sous l’angle d’une réflexion épistémologique qui a pour but d’accompagner l’accès à la « performance » mental, physique et émotionnel. Et cela qu’elle que soit la cible, individuelle et collective.

Lorsqu’on tente de se référencer sur le sujet, voici souvent les accroches qui apparaissent : « Quête de la victoire », « Réfléchir comme un champion », « Penser pour gagner » ou encore « Choisir d’être le meilleur »

Préceptes pour champions, recettes de la réussite, profils du vainqueur, nous sommes témoins d’ un dédale de commandements quant à l’accès à la performance. Mais est-ce vraiment cela la préparation mentale? Non, car la finalité est de foncièrement s’inscrire dans une démarche humaniste rigoriste. Aujourd’hui, ne pouvons-nous aller au delà de la simple quantification du nombre de victoires ou de trophées? Sommes-nous dans cette zone de performance qui induit cet état de congruence, cet état d’accomplissement? Ne peux t’elle pas s’exécuter à travers une démarche globale (tête, corps, coeur) d’épanouissement qui s’installerait dans la durabilité avec toujours pour mesure la satisfaction

Dans cette optique, nous aborderons présentement la démarche correspondant à la vision de l’institut Human Performance. Ainsi, la Préparation mentale (du sportif) vise le développement, l’exploitation des ressources et des compétences de l’individu considéré afin de lui permettre d’atteindre un niveau de performance optimal compte tenu de sa singularité, donc de ses propres potentialités. Les exigences de recherche de performance peuvent mettre en oeuvre la mobilisation de ressources d’ordre relationnel, émotionnel, comportemental et cognitif. Tout comme le coaching professionnel, cette activité se doit de répondre à un code éthique et déontologique précis qui a pour point d’orgue la sécurité écologique et ontologique des protagonistes concernés.

Le territoire d’un état idéal de performance, via une démarche mentale permettant d’exploiter à maxima ses capacités techniques et physiques se dessine alors. Comment renforcer la prise de conscience corporelle et mentale afin de favoriser une fluidité de transfert d’information qui permettrait la mise en oeuvre d’un schéma global efficient?  La démarche permettrait de s’accomplir positivement et de manière intégrale afin d’obtenir une résultante optimale. Et donc  aboutir sur une potentielle intelligence (émotionnelle, sensorielle, perceptive et comportementale) qui favoriserait une performance reconnue comme durable?

Anticiper, visualiser, mémoriser, appréhender les capacités en fonction des épisodes contextuelles, et de là accéder à une démarche plus polyvalente, plus adaptée. Le préparateur mental dispose d’outils et méthode pour éveiller et stimuler ces différentes potentialités. Hormis le questionnement non inductif, il sera à même d’utiliser la relaxation, des exercices de respirations ou encore de visualisations afin d’établir un champ de communication avec le schéma global de l’individu accompagné afin d’établir le maximum de liaisons possibles et de stimuler un champ réflexif le plus « systémique » possible. Si l’on se base sur cette carte qui énonce que un épisode contextuelle équivaut à un processus d’adaptation, cela peut vouloir dire que nous avons un champ indéterminé de capacités différentes?

A ce sujet, reprenons les travaux d’Howard Gardner quant à son hypothèse des « intelligences multiples ». Chercheur en Neurosciences et en génétiques, celui-ci avait pour centre d’intérêt la psychologie du développement.

Son principe est que l’intelligence peut s’évaluer de manière plurielle. Et dans ce cas tout individu serait alors potentiellement détenteur d’un nombre indéterminé de capacités disponibles qui se caractériseraient de par leurs contextualisations. Des intelligences qui s’étendent au delà des frontières corporelles de l’individu et qui seraient inextricablement liées au contextes (ressources, instruments ) dans lesquels nous vivons.

Alternative qui le poussa à se questionner sur les liens entre les domaines de connaissance construits et les « types » de cerveaux qui s’y inscrivent. Et inversement, comment ces cerveaux se croisent-ils et se développent selon les différents environnements culturels concernés?

En résumé, sa thèse porte son attention sur les interactions expérientielles qui stimuleraient au mieux nos capacités neuronales? Et si nous arrivions à les cartographier, les maîtriser, la trame du réel serait alors augmentée par des prouesses, des exploits en tout genre. Ce qui paraît plus qu’attrayant pour un athlète. Serait-il, et plus particulièrement aujourd’hui, le seul intéressé? Certainement pas…

La réflexion sur la performance mentale n’a pour le moment ni limites, ni frontières. Les alternatives sont certainement infinies, ce qui explique que les neurosciences soient tant traitées aujourd’hui. Ce qui établit aussi que se questionner sur ces approches et méthodes qui pourraient favoriser l’expression totale du potentiel humain soit si engageant et passionnant. C’est principalement ce que nous mettons en oeuvre lorsque l’on s’inscrit dans la préparation mentale.

Quel est le rôle du cerveau dans la performance sportive ?

Les Neurosciences nous confirme chaque jour que le cerveau est la « tour de contrôle » du système nerveux. Il traite l’information, l’encode pour produire un résultat. Un mouvement…

Tous les champions cherchent à courir plus vite, sauter plus haut, avoir une meilleure gestuelle, trouver la zone, le Flow… Car la concurrence est de plus en plus rude et certains records factuellement sont plus dur à battre. Ainsi logiquement, un nombre croissant d’athlètes est accompagné de par la ligne du fonctionnement de leur cerveau. Car il s’agit bien ici de capacités cérébrales du sportif qui implique la répétition, la précision, la concentration, la coordination, la modélisation, l’optimisation.

En effet, des recherches ont prouvés que les sportifs de haut-niveau avaient une capacité supplémentaire pour synchroniser leurs mouvements de manière efficace. La forte répétition des tâches lors des entraînements favorise la mémorisation d’un grand nombre de formes et d’alternatives possibles. La résultante fait qu’un geste qui paraîtrait difficile si ce n’est douloureux pour la moyenne, représente un automatisme pour ce sportif de haut-niveau. Il devient un réflexe. Dans ce cas, une certaine automatisation des systèmes cérébraux opère et rende donc la tâche plus facile.

Créer des automatismes, voici ce qui favorise la maîtrise de son schéma mental. Des recherches ont prouvé que lorsqu’il s’agissait de contrôle du mouvement, c’était en grande partie la région du cervelet relié au reste du cortex qui pouvait être concerné. Ainsi, dès qu’il s’agit de coordination, de vitesse, de fluidité du mouvement donc du contrôle de la motricité, nous parlons du cerveau.

Révélations qui poussent à dire que même si nous avons cette impression que nous avons fait le tour de la dimension physique, il nous reste sans nul doute énormément de choses à appréhender au sujet du lien entre la tête et le corps. D’ailleurs, beaucoup pensent aujourd’hui que l’entraînement physique et tactique devrait être synchronisé avec un entraînement mental.

Et quelque-part, l’on peut dire que lorsque nous faisons des parties prenantes de cette démarche qu’elle soit scientifique ou opérationnelle, nous sommes des privilégiés. Car elle ouvre le champ des potentialités humaines et de notre activité biologique « corrélée ».

Ensuite, cette question peut être également mise en perspective en s’interrogeant sur le rôle des cerveaux dans la performance sportive?

En effet, nous savons depuis la découverte des neurones miroirs que l’on peut nourrir son cerveau  en observant les autres. C’est ce qui permet au footballeur de décrypter les gestes de ses adversaires. Déjouer, feinter rapidement un adversaire dépend de l’analyse d’un large éventail de mouvement qui va s’inscrire dans les régions motrices du cerveau.

Nous appréhendons aussi d’ailleurs aujourd’hui le fait que la maîtrise de son schéma mental favorise la meilleure gestion de son territoire émotionnel. Véritablement, il paraît incontournable de dire que positionner le cerveau comme un acteur majeur de la performance, c’est s’autoriser à rentrer dans une démarche plus globale.

Il est sûr que l’étude du fonctionnement du cerveau nous réserve encore de belles surprises et ne peut que nous laisser songeur quant à la marge de progression en terme de performance et d’efficacité qui peut en émaner.

Quel impact le sport, exercé à haut niveau, a-t-il sur le cerveau et la cognition ?

Ces facultés d’anticipation, de prédictions des mouvements afin de réagir en fonction. Gérer ses réflexes en fonction du contexte, visualiser la réussite, quel influence cela peut-il avoir sur le cerveau et les potentialités cognitives?

Nous évoquions les automatismes si cher aux sportifs précédemment. Une fois acquis au cours de l’expérience, on peut observer au scanner qu’une configuration neuronale unique et spécifique se crée en fonction de l’activité en question. Ce qui veut dire que chaque athlète se fabrique un cerveau sur mesure et optimisé afin de réaliser des gestuelles complexes. Nous abordons la motricité même de la plasticité cérébrale.

Des recherches ont été effectuées auprès d’un haltérophile. Soulever 175 kg, quel est le rapport avec le cerveau peut-on conclure? Ce qui a été vu, c’est que souvent un haltérophile réalise le geste mentalement. Il visualise le geste optimal. Cela lui permet de gérer au mieux son énergie lors de l’activation. Pour évaluer cette capacité de visualisation, il existe la magnéto-encéphalographie. Ce qui en ressort, c’est que la visualisation induit un effort d’organisation cérébrale. Le cerveau fait le vide afin de se recentrer sur les zones utiles. En effet, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer au lieu de densifier les connexions neuronales, le cerveau va les limiter afin de se centrer sur l’essentiel quant à l’action à accomplir.

Donc l’activité sportive peut apprendre au cerveau la démarche de simplification et de tri sélectif (concentration) afin de stimuler uniquement les énergies utiles en délaissant celles qui peuvent paraître limitante. Plutôt que de complexifier le réseau synaptique, le cerveau va décider de le simplifier. N’est-ce pas sous un certain angle une évaluation scientifique de ce qu’on définit à travers la maîtrise de soi? N’est-ce pas cela la gestion de l’activation?

Quoi qu’il en soit, nous pouvons conclure en affirmant que le sport de haut-niveau s’inscrit dans une démarche cognitive à part entière car il se caractérise par un contexte précis qui pousse les différents protagonistes à donner le meilleur d’eux-mêmes. Dans leur quête d’excellence, ils repoussent régulièrement leurs limites, ils se remettent en question, expérimente tout un tas d’alternatives différentes. Ils sont amenés à s’inscrire dans un concept d’intelligences plurielles qui répond à leurs attentes du moment et anticipe sur celles de l’avenir.

Pas de temps mort, pas de répit, le poursuivant est déjà là et il faut pouvoir réagir sans réfléchir. En toute sérénité, afin de favoriser la fluidité et laisser opérer la performance. Tous ces apprentissages spécifiques composent la démarche cognitive du sportif du haut-niveau et induise une forme de capacité neurale optimisée.

Contrairement aux idées reçues, les Grecs de l’antiquité l’avaient pressenti. Nourrir son corps, c’est peut-être également abreuver son esprit (l’inverse est également vrai).

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