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Charge mentale et coaching : un accompagnement au service de l’individu, du foyer familial et de l’entreprise

Emeline Llorens Cortes
Première publication le 03/05/2018 – Article de recherche


Résumé

La charge mentale, qui est l’ensemble des sollicitations du cerveau pendant l’exécution d’un travail, peut être stimulante au même titre que le stress ou devenir problématique à plusieurs niveaux que ce soit dans la sphère privée (conjoint/ enfant, amis, famille) ou la sphère professionnelle (collègues, hiérarchie, fournisseurs, clients). Dans la sphère professionnelle, la charge mentale fait partie des Risques Psycho-sociaux, et peut avoir un impact sur la productivité de l’entreprise. Dans la vie personnelle, la détection de la charge mentale peut se faire via l’individu qui l’a subie ou son entourage. L’individu ou l’entreprise peut alors se faire accompagner par un coach pour diminuer cette charge mentale. En fonction de la problématique, le coach utilisera les outils opérationnels du coaching, pour explorer la demande et définir un objectif, pour ensuite établir un plan d’actions adapté.

Mots-clés : charge mentale, coaching, accompagnement, vie privée, vie professionnelle, cognition

Abstract

The mental workload, which is all the requests of the brain during the execution of a work, can be stimulating as the stress or problematic at several levels, whether it is in the private sphere (spouse / children, friends, family) or the professional sphere (colleagues, hierarchy, suppliers, customers). In the professional sphere, the mental workload is a part of Psychosocial Risks, and can have an impact on the productivity of the company. In the personal life, the detection of the mental workload can be made by the individual himself or by his family environment. The individual or the company can then be accompanied by a coach to decrease this mental workload. According to the problem, the coach will apply techniques, tools and coaching attitudes to explore the demand and define the objective, to establish then a specific action plans.

Keywords : mental workload, coaching, support, cognition


Introduction

La charge mentale présente un problème majeur dans notre société actuelle avec des impacts dans la sphère privée et professionnelle.

Ce sujet a été relancé en 2017 suite à la publication de la bande dessinée d’Emma (Emma, 2017, Chap. 2) sur la charge mentale domestique « des femmes », partagée plus de 200,000 fois sur Internet. Les journaux et chaines d’actualité ont ensuite relayé le sujet à travers plusieurs articles. Le sujet de la charge mentale au travail et de la charge mentale « domestique » ou « ménagère » a été traité par plusieurs sociologues et psychologues (par exemple : Monique Haicault, Danièle Kergoat, Catherine Serrurier, Aurélia Schneider).

La charge mentale est un sujet qui touche également les individus au sein des entreprises, dixit le nombre d’arrêts maladies en lien avec le stress, le burn-out ou la dépression. Le nombre de tâches à effectuer, la rapidité demandée, la culture du résultat sont autant de « stresseurs » qui intensifient la charge mentale des salariés, quel que soit leur niveau de fonction et de responsabilités.

Au-delà des clivages homme/femme sur celui ou celle qui assume la charge mentale domestique, cet article propose de donner des éclairages sur la notion de charge mentale que ce soit dans la sphère privée ou professionnelle, les deux sphères étant de plus en plus liées du fait de l’usage des nouvelles technologies.

Nous aborderons ensuite les apports du coaching pour accompagner un individu, au sein de son foyer ou dans une entreprise, à diminuer sa charge mentale, dès lors que cette dernière est jugée problématique.

La charge mentale peut être accompagnée via une démarche de coaching et complétée par d’autres approches (psychologie, médecine, relaxation etc…).

Pour accompagner l’individu dans son objectif de diminution de sa charge mentale, le coach pourra aborder plusieurs thématiques inhérentes à la charge mentale : efficacité organisationnelle/ gestion des priorités, gestion du temps/ rapport au temps, estime de soi, gestion du stress et des émotions et communication / gestion des conflits.

Définition de la charge mentale

Les Editions Tissot, spécialisées depuis 1972 dans le domaine du droit du travail, décrivent la charge mentale comme « l’ensemble des sollicitations du cerveau pendant l’exécution du travail […]. C’est donc une contrainte de travail qui est non seulement fonction des exigences inhérentes à la tâche (contrainte de temps, complexité, vitesse, minutie, attention demandée, etc.) mais également des capacités de traitement de la personne chargée de l’exécuter. Cela concerne donc le processus de perception et de traitement des informations lors de l’exécution de l’activité » 1.

De plus, la charge mentale dépend également des pressions psychologiques liées à l’environnement : délai, coût, qualité, obéissance aux ordres de la hiérarchie, gestion des collègues et des tiers (client, fournisseur, prestataires).

Sur le site Internet de l’Officiel Prévention, santé et sécurité au travail, il est expliqué que la charge mentale est amplifiée « dans les situations de conflits au travail, qu’ils soient relatifs au rôle, à la fonction ou à l’autonomie dans la structure de l’entreprise ou aux valeurs (éthique, image du métier…) ». La charge mentale touche toutes les strates hiérarchiques de l’entreprise (ouvriers, employés, managers, …). Par exemple, les métiers relationnels (commerciaux, médico-sociaux, enseignement…) sont sujets à la charge mentale du fait de fortes exigences émotionnelles que confèrent leur métier. En effet, il y a souvent « une dissonance entre les sentiments réels du travailleur et l’apparence qu’il doit afficher vis-à-vis de son interlocuteur ou client (amabilité forcée, compréhension factice…) » 2.

D’autre part, la charge mentale est fortement liée à l’environnement de travail de l’individu. Ainsi « les violences internes (abus d’autorité, harcèlements), externes au travail (agressions verbales ou physiques des tiers à l’entreprise) » mais également « les mauvais ambiances physiques (sonores, thermiques, lumineuses, ergonomiques) ou organisationnelles (travail de nuit, isolé, les jours fériés, heures supplémentaires, …) » sont des facteurs aggravant la charge mentale 3.

A l’inverse, L’Officiel Prévention, santé et sécurité au travail souligne que « le soutien social au travail, l’aide et la reconnaissance de la part des supérieurs ou des collègues, diminuent la charge mentale ». De même, « le plaisir ressenti de faire une tache utile et/ ou gratifiante sur un plan intellectuel, le sentiment d’accomplissement et de progression individuelle dans un travail adapté à ses capacités et à sa personnalité, le sentiment d’efficacité personnelle et d’estime de soi, diminuent sensiblement la charge mentale » 4.

D’autre part, la charge mentale touche également la sphère privée, on parle alors de charge mentale « ménagère », « domestique » ou « des femmes » faisant écho à la proportion des tâches relatives au foyer incombant à la femme versus à l’homme dans un foyer hétérosexuel. L’enquête Emploi du temps 2010 réalisée par l’INSEE environ tous les 10 ans 5 montre que les femmes effectuent près des deux tiers des tâches domestiques, et le temps parental représente toujours deux fois plus de temps que celui consacré par les hommes quotidiennement.

La charge mentale ménagère a été introduite par Monique Haicault dans son article « La Gestion ordinaire de la vie en deux » (Haicault, M., 1984, pp. 268-277). Elle y décrit le principe de la « double journée », où une femme en couple qui travaille, doit assumer à la fois son activité professionnelle ainsi que les tâches ménagères et la gestion du foyer. Elle explique que la double charge travail et foyer ne se limite pas à « une simple addition des contraintes », mais que la femme emmène au travail une partie des tâches à gérer pour le foyer.

Dans son interview à France Info 6, Sandra Frey, sociologue et politologue spécialiste des questions de genre, évoque que la paternité du terme « charge mentale » revient à la sociologue Danièle Kergoat, spécialiste de la division sexuelle du travail qui, en 1990, se penche sur le cas des infirmières. Dans l’analyse de leur combat pour faire reconnaître professionnellement leur activité, Danièle Kergoat met en avant que « les rôles sociaux demandés aux infirmières soient des rôles « féminins » qui renvoient à des qualités individuelles plutôt qu’à des qualifications professionnelles : dévouement, douceur, dextérité, patience, écoute, empathie, etc., des qualités qui prolongent les fonctions dites « naturelles » de mère et de ménagère ». (Kergoat et al 1992 : pp 192)

Dans l’article de Libération du 28 juin 2017, intitulé « L’inattendu retour de la charge mentale » il est écrit que « la schizophrénique double journée est toujours une réalité » en 2017, et qu’elle aurait même empiré 7.

D’après la thèse de la psychologue du travail Pascale Molinier 8 « l’intensification du travail est augmentée du fait que nous sommes tous connectés. Le concept de charge mentale convient très bien à nos activités technologiques ordinaires. » Selon elle, les hommes et les femmes sont soumis à la même tyrannie des mails et des SMS mais pas à égalité. Malgré leur investissement massif dans le monde du travail, les femmes voient leur vie professionnelle touchée par la double journée : choix du temps partiel, filières professionnelles moins chronophages, engagement moindre ou différenciée dans la vie publique. En grande partie, s’expliquent ainsi les inégalités professionnelles entre les deux sexes. Et la situation est particulièrement tendue pour les mères de jeunes enfants.

D’autre part, certains hommes ne se retrouvent pas dans les propos véhiculés sur la charge mentale domestique, communément appelée « charge mentale des femmes ». En effet, certains hommes s’indignent, car dans leur foyer, ce sont eux qui assument la charge mentale domestique. Un père de famille parle de la famille mono parentale où il gère 100% de la charge mentale 9. Un autre évoque 10 « qu’il y a toutefois également à ses yeux une difficulté pour les hommes à se positionner face à une injonction contradictoire : le fait qu’il revient, dans ce même schéma de répartition genrée des tâches, à l’homme de supporter sa famille financièrement et qu’il faudrait en même temps sortir de ce rôle attribué pour s’occuper des siens au quotidien… ».

En effet, il convient de mettre en regard ce sujet avec l’évolution du rapport homme/ femme dans le temps, et l’évolution de la société et des mesures prises pour faciliter l’implication croissante des hommes dans la parentalité et la vie domestique. D’après l’enquête INSEE 2015 11, « au cours des 25 dernières années, […] les hommes se sont davantage impliqués dans l’éducation des enfants, tandis que leur contribution aux autres tâches domestiques est demeurée stable […] ». L’implication croissante des pères dans l’éducation des enfants, plus importante quand l’enfant a moins de 3 ans, est désormais perçue comme valorisante, comme en témoigne le nombre d’articles de presse vantant les prouesses des « nouveaux pères ». Deux lois votées au début des années 2000 sont emblématiques de ces changements des rôles des hommes, celles sur le congé de paternité (bien que celui-ci soit de 11 jours calendaires consécutifs et réservé uniquement aux salariés) et sur le renforcement de la coparentalité et la garde partagée.

« Les femmes ont aussi consacré davantage de temps aux activités parentales mais ont sensiblement réduit le temps dédié à l’entretien domestique. » 12. Ce temps domestique s’est réduit du fait d’un relâchement des exigences des femmes en termes d’entretien domestique et d’une externalisation de certaines tâches (alimentation : plats préparés, recours à une aide à domicile : « seulement 7% de la population y a recours en 2010 »).

Ces changements au sein des familles s’expliquent par divers facteurs tels que la diminution du temps de travail et la hausse du chômage pour les hommes, l’augmentation du temps de travail des femmes ou la progression de la part des personnes vivant seules ou des couples divorcés ou séparés.

En synthèse, le concept de charge mentale est complexe car multifactoriel (aspects psychologiques, sociologiques et organisationnels), applicable à la fois à la sphère professionnelle et privée, difficilement mesurable, et variable selon les capacités de l’individu au regard des tâches qui lui sont confiées.

Les impacts de la charge mentale sur la santé

La charge mentale dite « domestique » ou « ménagère » soulève plusieurs problématiques.

En effet, le cerveau est en ébullition, il ne s’arrête jamais ; c’est comme si l’individu ne cessait jamais de penser. Les conséquences sur la santé d’une telle activité cérébrale et physique (puisque la personne est souvent en mouvement), n’ont pas été démontrées statistiquement parlant, néanmoins elle contribue à l’apparition de symptômes tels que la fatigue, l’épuisement. Selon le Dr. Aurélia Schneider, psychiatre à Paris, « l’épuisement n’est pas la forme ultime de la charge mentale. Par exemple elle peut provoquer des troubles anxieux, certaines maladies de peau […] (psoriasis, eczéma…). Il y a des signaux d’alerte : du stress, de l’anxiété, un mal de ventre ou encore des migraines. » 13.

De plus, le stress ou l’angoisse de ne pas arriver à réaliser l’ensemble des tâches peut renforcer chez certaines personnes un manque de confiance en soi, voire même un manque d’estime de soi, et parfois même l’isolement social. Manque de confiance en soi car lorsque la « to do list » érigée le matin n’a pas été réalisée dans son ensemble, et que cela se répète jour après jour, l’individu finit par douter de ses capacités et se sentir submergé. De plus, des remarques extérieures qui pourraient venir renforcer l’idée que cette personne n’a pas fait ce qu’il fallait, ou la comparaison à d’autres personnes, renforceront ses croyances limitantes sur « l’incapacité à faire… ». La confiance en soi est l’une des composantes de l’estime de soi qui s’appuie sur deux autres « piliers » : « l’amour de soi » et « la vision de soi ». (André, C., Lelord, F.,1998, pp 14-18). Lorsque ces piliers ne sont pas stables ou en adéquation avec ce qu’on est profondément, il est fort probable de vivre la charge mentale comme une grande souffrance, voire sombrer dans le désespoir.

Enfin, « l’isolement (social) n’est pas lié à l’absence d’autrui mais à l’impossibilité d’avoir accès à un soutien en cas de nécessité ; il est à considérer comme un processus, et non un état ; enfin il fragilise l’interaction ». Ainsi un individu ayant du mal à gérer l’ensemble des tâches relatives au foyer, peut, s’il ne bénéficie pas de soutien extérieur ou s’il ne le sollicite pas par peur du « qu’en dira-t-on », s’isoler socialement. D’une part, l’absence de partage social favoriserait le développement de tendances à la rumination, et éventuellement l’enfermement dans des solutions inefficaces. D’autre part, des travaux en sociologie (Pan Khé Shon, 1999 ; 2002, 2003 ; Friedmann, 2007 ; Linhardt, 2009) et en psychiatrie (Ernst et al., 1998 ; Heinrich et Gullone, 2006) signalent que « les personnes n’ayant pas ou peu de contact relationnel avec des tiers sont plus sensibles à des sentiments dépressifs »14.

Les impacts au sein du foyer familial

Si nous prolongeons notre réflexion au niveau du noyau familial (conjoint et/ ou enfants par exemple) : Quelles peuvent être les conséquences d’un individu, ayant la responsabilité de la gestion du foyer et qui subit la charge mentale, sur les autres membres de la famille ?

Le premier impact de la charge mentale sur le foyer familial est le conflit avec le conjoint sur le partage des tâches. D’après Catherine Serrurier, « l’emploi des femmes s’est ajouté à la responsabilité domestique, sans que celle-ci soit déléguée ou transférée. On remarque néanmoins que cette charge peut être à peu près équilibrée dans les couples sans enfants, mais dès qu’il y a un ou surtout des enfants, la balance penche du côté de la femme. Au-delà de la santé et du bien-être de celle-ci, ce déséquilibre joue aussi sur le couple. Comment voulez-vous avoir de bons moments de légèreté, de disponibilité, d’attention quand vous êtes fatiguée et stressée ? 15 Les reproches vis-à-vis du conjoint qui ne contribue pas suffisamment à la gestion du foyer, sont souvent incompris, car les tâches inhérentes à la gestion du foyer sont souvent invisibles pour lui. Pire le conjoint répondra « fallait demander de l’aide » (Emma, 2017, Ch.2) ce qui pourra renchérir l’idée que cette charge mentale est uniquement de la responsabilité de l’individu qui la subit. Le sentiment de devoir faire face à cette charge mentale peut provoquer un cercle vicieux où l’individu sombre dans un épuisement et un découragement toujours plus important.

Un autre élément important de la charge mentale est l’arrivée d’un enfant au sein d’un couple. « Les femmes passent d’un ‘psychisme simple’ où elles s’occupent avant tout d’elles, de leur travail, de leurs activités à un sentiment d’écrasante responsabilité. » souligne Catherine Serrurier 16. D’autre part, à la naissance d’un enfant, « les pères, eux, voient leur femme changer, être beaucoup plus préoccupée. Ils peuvent se sentir ‘abandonnés’, avoir l’impression d’être devenus quantité négligeable ». Ce phénomène s’explique par le fait que l’homme n’ayant pas porté l’enfant et ayant un congé paternité beaucoup plus court que celui de la femme, il est davantage tourné vers l’extérieur. C’est à ce moment-là que la répartition des tâches liées à la maison et à l’enfant se fait sans que l’on s’en rende vraiment compte. Le lien social se distend et est souvent à l’origine de complications dans le couple.

D’autre part, le stress, l’absence psychique et la charge émotionnelle vécus par les parents du fait de la charge mentale, induisent des conséquences sur le lien familial avec les enfants.

Un parent stressé, angoissé, pressé par le temps aura plus de chance de recourir à des injonctions vis-à-vis de ses enfants du type « dépêche-toi » « fais plaisir » « fais des efforts ». Il s’agit ici de messages contraignants, appelés « drivers » (Kahler, T., 1975) souvent entendus dans notre enfance pour obtenir des signes de reconnaissance (positifs ou négatifs). Plus ces messages sont répétés, plus ils sont intégrés comme des croyances profondes, et peuvent avoir des effets pervers. Ils régissent nos comportements et parfois vont à l’encontre de ce que nous souhaitons. En ce sens, ils peuvent provoquer une dévalorisation et une baisse de l’estime de soi lorsqu’ils ne sont pas conscientisés et qu’un travail personnel n’a pas été réalisé.

L’enfant peut également souffrir de l’absence psychique du parent ayant une charge mentale importante, ce dernier étant tellement préoccupé par l’ensemble des tâches à effectuer qu’il ne se rend pas disponible pour passer du temps « qualitatif » avec son enfant.

Enfin, la charge émotionnelle liée à la charge mentale du parent se transmet, même inconsciemment, à l’enfant qui est une vraie éponge émotionnelle. « Le cerveau de l’enfant est une véritable éponge émotionnelle et pompe littéralement l’ambiance familiale puis l’exprime par l’intermédiaire d’un symptôme organique, fonctionnel, comportemental, psychologique ou psychiatrique ». Selon le tempérament de l’enfant, notamment sa sensibilité au monde qui l’entoure, l’enfant pourra capter plus ou moins les émotions de ses parents, que ce soit la frustration, la colère, la tristesse, et développer un comportement anxieux17.

Néanmoins, il est important de nuancer les propos ci-dessus. En effet, la charge mentale est parfois très bien vécue au niveau des foyers et ne pose aucun problème. Elle dépend des capacités de chacun à faire face aux tâches qui lui incombent dans l’environnement qui est le sien. Les limites sont connues par l’individu qui agit en les respectant et en les reconnaissant. D’autre part, le dialogue au sein du couple et avec les enfants peut être bienveillant, chacun exprimant ses besoins et ses émotions sans accuser l’autre, et cherchant des solutions communes pour le bien-être de tous.

La charge mentale est un facteur de risques psycho sociaux en entreprise

Sous l’effet des mutations du monde du travail telles que la complexité grandissante des tâches, la réduction des temps de repos, les contraintes de qualité et de délais, l’individualisation du travail ou encore les exigences accrues de la clientèle, la prise en compte des risques psychosociaux est devenue incontournable. En France, 45,5% des actifs occupés déclarent devoir (toujours, souvent) se dépêcher et 65,4% des salariés déclarent devoir fréquemment abandonner une tâche pour une autre non prévue18.

Les risques psychosociaux (RPS) correspondent à des situations de travail où sont présents, combinés ou non, du stress, des violences internes (harcèlement, conflits, ordres contradictoires…) et/ou externes (insultes, menaces…) au sein de l’entreprise. Ce sont des risques qui peuvent être induits par l’activité elle-même ou générés par l’organisation et les relations de travail.

La charge mentale est un facteur de RPS lorsqu’elle est vécue comme une « surcharge » et qu’elle a des impacts sur la santé au travail. Elle est difficilement mesurable car dépendante de nombreux facteurs intrinsèques (personnalité de l’individu, croyances, estime de soi etc…) et extrinsèques (environnement de travail, relation à autrui etc…) au travail et de la façon dont elle est ressentie par chaque individu.

D’après l’Officiel Prévention, « de nombreux éléments mettent en évidence les effets pathogènes d’une surcharge mentale chez les travailleurs : le stress et l’épuisement professionnel (burn-out) sont les conséquences néfastes des surcharges mentales. » En ce sens la charge mentale peut être source de stress, qui vécue de manière prolongée, peut entrainer des troubles physiques et psychiques tels que les maladies cardio-vasculaires, les troubles musculosquelettiques, des troubles anxiodépressifs, d’épuisement professionnel (burn-out), voire de suicide… 50% des arrêts maladie sont imputables directement ou indirectement au stress (Officiel Prévention, Santé et sécurité au travail, 2013).

Les conséquences de la charge mentale en entreprise

Au regard des éléments ci-dessus, on imagine bien en quoi la charge mentale peut avoir des conséquences pour l’entreprise en termes de productivité.

En effet, les travailleurs en « surcharge » mentale, ont des problèmes de concentration, de compréhension et d’adaptation pour effectuer l’ensemble des tâches qui leur sont confiées.

Les problèmes de concentration augmentent le temps consacré à la réalisation de la tâche et le risque d’erreur. Ce temps ne sera donc pas utilisé à effectuer une autre tâche. La productivité du travailleur sera mise à mal et viendra soit, augmenter proportionnellement le temps consacré à la vie professionnelle, soit à contrario imputer l’évaluation du travail effectué.

Les problèmes de compréhension augmentent également le risque d’erreur, et peuvent induire à terme des doutes chez le travailleur, quant à ses capacités à comprendre, et à « bien faire » son travail.

Les problèmes d’adaptation sont également sources de stress, de doutes voire d’angoisses pour les travailleurs qui ne savent pas comment réaliser leur travail.

L’efficacité au travail, pouvant s’appliquer à une personne ou un organisme, et désignant le fait de produire un maximum de résultats pour un minimum d‘efforts, est donc mise à mal par cette charge mentale.

Comment un individu peut atteindre ses objectifs si les tâches qui lui sont confiées dépassent ses capacités à traiter l’ensemble des informations ? Comment répondre aux exigences croissantes de la hiérarchie ? des actionnaires ? des clients ? des collègues ? Comment le travailleur peut-il traiter le flux d’information toujours grandissant avec la généralisation des outils numériques ? (Mails, téléphone, chat d’entreprise, tablette, ordinateur…) Comment réaliser sa « to do list » dans un open space où les sollicitations sont récurrentes ?

En moyenne, un travailleur perd 30% de son temps lié aux interruptions dans son travail (collègue, demande de dernière minute…), ce chiffre pouvant monter à 50% quand surgit une demande où l’individu est déjà en train de maintenir actives des informations dans sa mémoire19.

Dans une évaluation ergonomique effectuée par le Dr Philippe Guérin20 sur la charge mentale et psychique au travail, une analyse du travail des infirmières et des aides-soignantes dans dix services de soins a été réalisée. Les conclusions de l’étude étaient les suivantes : une parcellisation des tâches, une imbrication de nombreux actes de tous types, et des interruptions et interpellations fréquentes. D’où la difficulté d’établir un programme de travail cohérent, et de devoir réactualiser continuellement leur vision des priorités pour l’ensemble des malades. Il a été démontré que cela avait pour conséquence un surmenage professionnel des infirmières lié à l’essai infructueux de bien faire, voire à un désintérêt et un désinvestissement important dans leur métier.

Prenons un autre exemple, avec la crise économique et financière, de nombreuses entreprises ont dû adapter leur organisation pour « survivre » à coup de grands projets de transformation.

Ces projets exigent une refonte importante du modèle d’entreprise, que ce soit au niveau de l’organisation des équipes, des métiers, des produits et services, parfois même des valeurs de l’entreprise. Ces projets souvent très ambitieux en termes de coût et de délais peuvent avoir des conséquences non négligeables sur les salariés, ces derniers devant effectuer un travail de qualité dans un délai court et souvent avec des moyens limités du fait des coupes budgétaires.

L’exigence vis-à-vis des salariés en responsabilité de ces projets est telle qu’elle génère du stress et souvent des tensions à tous les niveaux hiérarchiques (employés, managers, dirigeant) mais également au sein ou entre les équipes, avec les consultants ou les prestataires. Tous ces éléments concourent à un sentiment d’épuisement, d’inefficacité, de doute sur la valeur du travail effectué et peuvent amener à la « surcharge » mentale.

D’autre part, les personnes de l’entreprise qui sont impactées par les transformations ne sont pas toujours sollicitées pour réfléchir en amont à la nouvelle organisation et à l’évolution de leur métier ou de leur service, voire même en sont informées assez tardivement (le projet étant confidentiel). On parle alors souvent de conduite du changement pour accompagner les salariés à comprendre le projet d’entreprise, voire même à le soutenir et à devenir ambassadeurs auprès des autres salariés. La conduite du changement a pour objectif final de faire adhérer les salariés au projet d’entreprise, pour qu’ils le soutiennent, mais également et surtout pour qu’ils se l’approprient, qu’ils le vivent « mieux » et le mettent en place. Lorsque l’humain n’est pas au centre de cette conduite du changement, et que seuls comptent les intérêts financiers, les salariés ne trouvent pas de sens dans ce qui est engagé, et ont du mal à se projeter dans un futur incertain. Apparaissent alors des angoisses, de l’incertitude devant le changement, qui augmentent significativement la charge mentale.

D’autre part, depuis l’apparition des outils numériques, les individus peuvent être contactés et contacter n’importe qui à n’importe quel moment. Les limites temporelles n’existent plus en entreprise ; ainsi afin de mieux respecter les temps de repos et de congé mais aussi la vie personnelle et familiale des salariés, l’article 55 de la loi du 8 août 2016 dite « loi Travail » a introduit un droit à la déconnexion. Les partenaires sociaux sont dans l’obligation, depuis le 1er janvier 2017, d’aborder ce thème dans le cadre des « négociations annuelles sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes et la qualité de vie au travail ». En cas d’absence d’accord, l’entreprise doit élaborer une charte notifiant les modalités d’application de ce droit à la déconnexion. Elle prévoit aussi, pour les salariés, le personnel d’encadrement et la direction, des actions de formation et de sensibilisation à un usage raisonnable des outils numériques.

De plus, ces outils numériques permettent de travailler n’importe où, depuis son domicile par exemple, et donc de repousser les limites géographiques de l’entreprise jusque dans les foyers familiaux. La « sur sollicitation informationnelle » contribue, selon la Chaire « Talents de la Transformation Digitale » de Grenoble Ecole de Management, à la « surcharge mentale ». D’après leur étude, il faut « éviter la surchauffe mentale pour gagner en efficacité et en sérénité, en remettant les outils numériques à leur place d’outils (efficaces et pertinents) et le talent humain au cœur de la performance »21.

De plus, si l’environnement et les conditions de travail ne sont pas satisfaisantes (manque de reconnaissance, lieu de travail bruyant, manque d’entraide, manque de décisions claires…), la charge mentale risque de s’amplifier.

Si on rajoute à cela la charge mentale « domestique » qui vient s’immiscer dans la vie professionnelle du fait d’une plus grande porosité entre ces deux vies avec la généralisation des nouvelles technologies, fort est de constater que l’individu aura des chances non négligeables d’être stressé, voire découragé par l’ampleur des tâches, et potentiellement aboutir à un épuisement professionnel ou une dépression.

Le coaching et la charge mentale

L’accompagnement de la charge mentale par le coaching peut se faire aussi bien dans la sphère professionnelle ou personnelle. L’objectif étant de travailler sur les causes de la charge mentale qui peuvent être variables d’un individu à un autre, mais également d’une entreprise à une autre.

Le coaching vise à diminuer la charge mentale (lorsqu’elle est problématique) en proposant toutes les qualités intrinsèques du coach (bienveillance, empathie…) ainsi que les techniques opérationnelles dont il dispose selon les problématiques (gestion du temps, construction identitaire, organisation personnelle, communication, équilibre vie privée/ vie professionnelle etc…). Il pourra également agir sur les conséquences de la charge mentale (gestion du stress, gestion des émotions, etc…). Il s’appuie également sur les ressources de l’individu, de l’équipe ou de l’entreprise, qui via le questionnement du coach, vont trouver leurs propres réponses. En ce sens le coach accompagne l’individu ou le groupe d’individus vers un objectif précis dans un temps délimité, il n’est ni conseiller ni thérapeute.

En coaching individuel, le coach pourra travailler les dimensions suivantes en fonction des besoins du client :

  • La construction identitaire : Un travail sur les croyances, valeurs, besoins, limites et parasitages pour déterminer la structure identitaire de la personne, définir ce dont elle a besoin pour se sentir mieux, et également définir les limites et parasitages pour prioriser et supprimer les tâches l’empêchant de répondre à ses besoins.
  • La gestion/ le rapport au temps : Un travail sur de nouvelles façons de faire pour permettre d’appréhender la réalité différemment et intégrer profondément un changement d’attitude et de comportement. Par exemple, en apprenant à vivre le moment présent, à pratiquer la visualisation positive, ou à respecter son rythme.
  • L’efficacité organisationnelle : Apprendre à hiérarchiser les tâches et les suivre, à les déléguer, à les réaliser l’une après l’autre, à planifier des pauses ou apprendre à dire non
  • Le lâcher prise : Prendre conscience qu’on ne peut pas tout contrôler, en travaillant notamment sur les croyances limitantes et les peurs. C’est par l’acceptation de ses propres limites (et donc d’une meilleure connaissance de soi), l’acceptation des autres (par exemple ses collègues, son conjoint, ses enfants) et en vivant dans le moment présent, que le coaché pourra lâcher prise.
  • La gestion des émotions : A partir d’exemples concrets du coaché, le coach décortique les pensées qui ont amené cette émotion, et cherche avec le coaché d’autres pensées qui seraient plus adaptées. L’objectif n’est pas de supprimer l’émotion qui doit être libérée car elle est vectrice d’un message, mais de changer la représentation qu’a le coaché des situations qui suscitent ces émotions.
  • La gestion du stress : Travail qui consiste à évaluer le niveau de stress, à en déterminer les causes et à définir les actions propres à chaque individu. Le stress pouvant venir de l’environnement, l’individu cherchera des actions « confort » (actions pour diminuer l’impact négatif sans toutefois le faire disparaitre) pour appréhender plus sereinement son environnement, car il n’a pas le pouvoir de le changer.
  • Le coaching de vie privée/ vie professionnelle ou d’équilibre de vie : Coaching qui s’inspire de l’approche systémique qui considère que l’individu fait partie d’un système dans lequel il évolue en constante interaction avec son entourage personnel et professionnel. Toutes les interactions du client avec ses systèmes environnants exercent des pressions continuelles sur ses valeurs, croyances, attitudes et comportements. Il convient d’explorer dans le cadre du coaching toutes ses interfaces avec ses environnements pour les modifier si nécessaire afin de développer une meilleure performance et faciliter le changement
  • La Communication NonViolente (Rosenberg, M.B., 2005) : Apprendre une autre manière de communiquer plus sereinement avec les autres et avec soi-même. Ce processus de communication consiste dans un premier temps à observer la situation. Ensuite, de prendre en compte les sentiments qu’éveille cette situation puis de regarder quels sont les besoins qui sont liés à ces sentiments. Enfin, l’individu regarde ce qu’il pourrait demander concrètement à l’autre pour satisfaire ses besoins. Cette communication permet à chaque individu de s’exprimer avec sincérité et d’être dans une écoute empathique vis-à-vis de l’autre.

D’autre part, le coaching peut s’associer à d’autres métiers de l’accompagnement (psychologie, médecine, EFT22…) pour amener une réflexion dans les entreprises et au niveau de la société pour diminuer la charge mentale. Cela suppose une réelle implication de ces dernières pour sensibiliser la population aux effets de la charge mentale, et surtout pour mettre en place des actions préventives et curatives du type :

  • Mener des enquêtes régulières pour mesurer la charge mentale dans les entreprises et les foyers français
  • Mettre en place une équipe pluridisciplinaire en entreprise pour déterminer les tenants et aboutissants de la charge mentale.
  • Travailler avec les équipes des Ressources Humaines et la ligne managériale pour adapter l’organisation et les relations de travail
  • Eduquer les enfants dès le plus jeune âge sur le rôle de la femme et de l’homme au sein des foyers et de l’entreprise
  • Simplifier les démarches administratives en France, aide à la parentalité, plateforme d’assistance aux personnes en détresse etc…

D’après la dernière enquête sur les conditions de travail (2016), certains indicateurs de la charge mentale au travail se sont améliorés ou stabilisés. Ceci s’explique par une sensibilisation plus prononcée sur les Risques Psycho Sociaux, et l’évolution du contexte socioéconomique.

Conclusion

Du fait des facteurs intrinsèques et extrinsèques à la charge mentale, cette dernière est difficilement mesurable. Il existe néanmoins des initiatives en entreprise, notamment à l’étranger (Canada par exemple) et au niveau des pouvoirs publics (enquête conditions de travail) pour l’évaluer. De même, le ressenti de l’individu qui subit la charge mentale est primordiale, elle peut être mesurée en entreprise via des questionnaires d’évaluation, et détecter dans les foyers familiaux par l’individu lui-même ou son entourage. En ce sens, la sensibilisation à la charge mentale doit être une problématique au niveau de l’entreprise mais également au niveau sociétaire pour démocratiser le terme « charge mentale » et ses conséquences.

La charge mentale n’est pas mauvaise en soi, en cela elle peut s’apparenter au stress qui dans une certaine mesure peut être nécessaire pour se sentir stimulé, avancer, se surpasser. Certains individus vivent très bien avec la charge mentale et d’autres en souffrent terriblement. Un accompagnement par le coaching peut alors être bénéfique en offrant un cadre bienveillant et confidentiel.


Bibliographie

Emma, (2017), Fallait demander. In : Un autre regard 2. Massot Editions.Ch. 2.

Kergoat, D., Imbert, F., Le Doaré, H. et Senotier, D. (1992) Les infirmières et leur coordination, Paris : Éditions Lamarre

Christophe André, François Lelord (2002), L’Estime de soi. S’aimer pour mieux vivre avec les autres, Paris : Poches Odile Jacob

Rosenberg, M.B. (2005) Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) Introduction à la Communication NonViolente. Paris : Editions La découverte

Kahler, T. (1975). Drivers—The Key to the Process Script. Transactional Analysis Journal, 5:3

Haicault, M. (1984) La gestion ordinaire de la vie en deux. Sociologie du Travail [revue électronique], 26 (3), TRAVAIL DES FEMMES ET FAMILLE (1984), pp. 268-277, Disponible sur : https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01503920/document

 

2 COMMENTAIRES

  1. Merci pour cet article ! J’ai justement abordé différents de ces points dans mon mémoire rendu récemment. Peut-être aurais-je le plaisir d’échanger avec vous sur le sujet lors de ma soutenance fin mai !
    Bien à vous

  2. Merci Emeline pour cet article et cette analyse approfondie et complète, sur un sujet où souvent la superficialité des arguments et des approches prime.
    J’ai une question : Pourquoi ne pas différencier ‘charge mentale’ et ‘surcharge mentale’ ou ‘état de surcharge mentale’. Il me semble que l’on utilise le terme ‘charge mentale’ dans les 2 sens et personnellement je préfère utiliser la notion de ‘surcharge mentale’ pour désigner une charge devenant trop lourde à gérer de façon optimale, voire à l’origine de troubles affectant la santé physique ou psychique, ou les capacités de l’individu.
    Au plaisir d’échanger sur le sujet, étant moi-même coach certifié LinkUp et sophrologue certifié, et accompagnant au quotidien des femmes, mères, ayant des responsabilités professionnelles.

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